Accompagner des communautés d’entrepreneurs : le collectif au service de l’individu 

Si nous avons évoqué lors de notre précédent article l’importance de la personnalisation du parcours d’accompagnement de l’entrepreneur, il ne faut pas pour autant limiter l’accompagnement à une dimension individuelle. Dans ce nouvel article, nous explorons les formes d’accompagnement qui mettent le collectif au cœur de leurs méthodes. 

Les formes d’accompagnement entrepreneurial collectif : un panorama des modèles émergents

L’accompagnement entrepreneurial collectif revêt diverses formes, chacune adaptée à des besoins spécifiques et des contextes particuliers. Trois modèles se démarquent dans la littérature :

  • les coopératives d’activités et d’emploi,
  • les associations d’entrepreneurs,
  • les espaces de travail collaboratifs.

Les coopératives d’activités et d’emploi (CAE) offrent un accompagnement collectif et coopératif, limitant ainsi le risque d’isolement souvent associé au travail indépendant. Allard et al. (2013) soulignent que la singularité des CAE réside dans leur structure polycellulaire, qui permet un accompagnement combinant autonomie professionnelle et soutien collectif. Ces coopératives favorisent la mutualisation des savoir-faire et des expériences entre entrepreneurs, tout en encourageant la création d’une entreprise commune pour les sociétaires.

Les associations d’entrepreneurs, telles que celles étudiées par Richomme-Huet et d’Andria (2013), répondent à un besoin spécifique d’accompagnement différencié, notamment dans le cas des « mampreneurs » (mères entrepreneures). Ces associations agissent comme des réseaux sociaux, d’affaires et d’accompagnement, offrant un espace de partage d’expériences, d’entraide, d’apprentissage, et de développement de compétences professionnelles. Elles permettent ainsi aux membres de sortir de leur isolement, de bénéficier de conseils, et de développer leurs projets entrepreneuriaux selon des contraintes spécifiques à leur groupe social.

Les espaces de travail collaboratifs, quant à eux, offrent un environnement généraliste propice à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Burret et Pierre (2014) expliquent que ces espaces, apparus dans les années 1980 mais en plein essor depuis les années 2000, sont des lieux dédiés uniquement au travail d’indépendants, favorisant les interactions entre entrepreneurs. Contrairement aux incubateurs traditionnels, ces espaces ne fournissent pas seulement un soutien technique, mais encouragent également le développement de compétences entrepreneuriales par le biais d’interactions informelles entre pairs. La Ruche, étudiée par Fabbri et Charue-Duboc (2013), en est un exemple : cet espace favorise l’apprentissage mutuel entre entrepreneurs sociaux.

L’apprentissage collaboratif au centre du collectif

L’apprentissage collaboratif occupe une place centrale dans le développement entrepreneurial, favorisant l’émergence de connaissances et de compétences à travers l’interaction et le partage au sein de communautés d’entrepreneurs.

Dans un premier temps, Fabbri et Charue-Duboc (2013) mettent en avant l’importance du modèle socio-constructiviste, qui souligne le caractère collectif et social des apprentissages. Les communautés de pratiques, telles que celles formées à La Ruche, permettent aux entrepreneurs de partager leurs expériences et de construire ensemble des connaissances et des compétences. Cet apprentissage collaboratif repose sur deux dynamiques principales :

  • la comparabilité : les interactions sociales permettent aux membres de comparer leurs expériences et pratiques.
  • la complémentarité : cette comparaison met en évidence des compétences et des connaissances complémentaires entre eux.

En outre, plutôt qu’une relation unilatérale accompagnateur-accompagné,  la forme de l’accompagnement est dynamique puisqu’un membre peut adopter simultanément les deux postures. Au final, l’accompagnement collectif proposé à la Ruche favorise la mise en réseau des entrepreneurs, condition cruciale pour accéder à l’information et aux opportunités de collaboration (Pouka Pouka & Ondoua Biwolé, 2023) 

L’impact de l’espace physique sur l’accompagnement collectif

Dans les exemples précités, l’accompagnement collectif semble corrélé à un espace physique qui favoriserait les interactions sociales, la collaboration et l’émergence de communautés d’entrepreneurs.

Dans le cas de La Ruche, décrit par Fabbri et Charue-Duboc (2013), l’espace physique de 600m² s’organise en différents espaces de travail et de convivialité, développant ainsi les échanges informels et la création de liens entre les membres. Les événements réguliers, tels que le Buzz et les Toolbox, ainsi que les séances de créativité collective, permettent de renforcer ces interactions et de stimuler l’apprentissage collaboratif au sein de la communauté d’entrepreneurs.

De même, les espaces de coworking, comme décrits par Burret et Pierre (2014), offrent un environnement propice à la collaboration et à l’entraide entre les entrepreneurs. En mêlant espaces ouverts favorisant le travail de groupe et espaces plus confinés permettant la concentration, ces lieux créent une ambiance où le travail autonome et la socialisation cohabitent. Bien entendu, l’animation et la gestion de ces espaces sont essentielles pour favoriser ces interactions entre les utilisateurs et stimuler l’effet réseau. Enfin, Richomme-Huet et d’Andria (2013) mettent en avant l’importance des rencontres en présentiel, telles que les “MamCafés” dans le cas de l’association dédiée aux mères entrepreneures, pour renforcer les liens entre les membres d’une même communauté. 

Vers une virtualisation de l’accompagnement collectif ?

Pour autant, dans le cadre de l’accompagnement entrepreneurial des “mampreneurs”, nous pouvons observer une transition vers une virtualisation de l’accompagnement collectif, combinant à la fois des interactions en ligne et des rencontres en présentiel.

Richomme-Huet et d’Andria (2013) soulignent que les mampreneurs, en tant que jeunes mamans et nouvelles entrepreneures, accordent une importance particulière aux contacts entre individus. Ceci favorise leur identification et leur accès aux ressources informationnelles. Ces interactions passent notamment par des blogs et les espaces commentaires, des forums et une communauté facebook. L’usage prépondérant des espaces virtuels par les mampreneurs ouvre de nouvelles perspectives d’accompagnement entrepreneurial.

Ainsi, en imbriquant rencontres en présentiel et relations virtuelles, cette approche adaptée tient compte de l’enchevêtrement des problématiques des mampreneurs entre leurs enfants en bas âge et leur entreprise en phase de démarrage. Les méthodes d’accompagnement doivent donc être flexibles et diversifiées pour répondre efficacement à leurs besoins spécifiques. La virtualisation de l’accompagnement collectif des mampreneurs permet alors de combiner les avantages des interactions en ligne, telles que la facilitation de l’accès aux ressources et le partage d’expériences à distance, avec les bénéfices des rencontres en présentiel, favorisant les échanges directs et la création de liens forts au sein de la communauté.

En conclusion …

Une telle configuration de l’accompagnement collectif s’envisage pour les TIH, qui eux-mêmes jonglent entre un sentiment d’isolement, propre à tout entrepreneur, et de limites d’accès à l’espace physique, justifiant alors l’utilisation d’outils virtuels pour faciliter leurs échanges. Cette question a d’ailleurs été abordée par nos équipes à travers un projet de coworking inclusif ! 

Article rédigé par Dr Narcis Heraclide, responsable de la recherche 

Bibliographie

Allard, F., Amans, P., Bravo-Bouyssy, K., & Loup, S. (2013). L’accompagnement entrepreneurial par les Coopératives d’Activité et d’Emploi : des singularités à questionner. Management International, 17(3), 72–85. https://doi.org/10.7202/1018268ar

Burret, A., & Pierre, X. (2014). L’apport des espaces de travail collaboratif dans le domaine de l’accompagnement des entrepreneurs : l’animation de réseaux de pairs. Revue de l’Entrepreneuriat, 13(1), 51. https://doi.org/10.3917/entre.131.0051

Fabbri, J., & Charue-Duboc, F. (2013). Un modèle d’accompagnement entrepreneurial fondé sur des apprentissages au sein d’un collectif d’entrepreneurs : le cas de La Ruche. Management International, 17(3), 86–99. https://doi.org/10.7202/1018269ar

Pouka Pouka, M. R., & Ondoua Biwolé, V. (2023). Côté pile ou côté face : regard croisé des différents acteurs de l’accompagnement entrepreneurial. Projectics / Proyéctica / Projectique, 35(2), 119–135. https://doi.org/10.3917/proj.035.0119

Richomme-Huet, K., & d’Andria, A. (2013). L’accompagnement entrepreneurial par et pour les mampreneurs. Management International, 17(3), 100–111. https://doi.org/10.7202/1018270ar


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